Méditation mariale + Mai 2021

« En ces derniers temps où le Dragon veut asservir l’humanité par l’hyper-technologie, demeurons debout près de « la mer de cristal » : le Cœur Immaculé de Marie est notre Vaisseau spirituel qui nous fera traverser toutes les persécutions... »

Apocalypse 15,2 : « Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal ! »

Ce chapitre 15 de l’Apocalypse semble résonner comme un écho du Chapitre 12, mais dans une perspective de victoire ! Le combat de la Révélation continue à travers les sept fléaux des sept coupes répandus par les sept Anges ; mais en célébrant déjà « ceux qui ont triomphé de la Bête... debout, près de la mer de cristal ».


Comment ne pas faire le lien avec le chapitre 12, où la Femme enveloppée de soleil est opposée au Dragon destructeur, ennemi de l’humanité ? Ici, il semble possible d’avancer que Jean voit à nouveau le déploiement du mystère de la Femme. Et on peut avancer qu’il a vu la Mère de Dieu sous la forme d’une « Mer de cristal ». En sa Plénitude de grâce, Marie n’est-elle pas pure transparence divine ? En effet, toute son attitude de cœur consiste à laisser transparaitre l’indicible beauté de Dieu comme le cristal laisse traverser la lumière... Elle est là, vivante et unique entre toutes, dans une dépendance absolue de Dieu qui la fait briller comme personne ! Plénitude du silence où le Verbe resplendit comme son Enfant, l’Immaculée est devenue Mère de Dieu et Mère des hommes. Elle ne dit que Dieu en étant la Femme que « le Soleil enveloppe » (Ap 12,1). Elle triomphe du Dragon en enfantant la Lumière (Ap 12,2-3).


Saint Jean Eudes a écrit en ce sens ces paroles prophétiques : « Le Cœur de notre admirable Marie est une mer, et cette mer, après Jésus-Christ, est le premier fondement du monde chrétien. C’est une mer de charité et d’amour, mais d’amour fort, constant et invariable. C’est une mer plus solide que celle qui portait Saint Pierre marchant sur les eaux à pied sec (Mt 14, 28-33)... C’est une mer dont Saint Jean parle dans son Apocalypse au chapitres 4 et 15 : Mer dont les eaux étaient claires, nettes et luisantes comme du verre semblable à du cristal et enflammées comme du feu ; mer qui était devant le trône de Dieu ; mer qui portait les saints... Quelle est cette mer prodigieuse, sinon le Cœur merveilleux de la Reine du Ciel ? (Le Cœur admirable de la Bienheureuse Vierge Marie, p. 103, Seguin, 1844).


En ce sens, Gauthier de Coinci, moine bénédictin érudit du XIII° siècle, avance cette même invitation à nous aventurer en haute mer mariale : « Marie est Mer que nul n’épuise, plus y trouve qui plus y puise ! » Et Saint Padre Pio précise admirablement ce qui a été le cœur de sa vie à travers l’incessant Rosaire : « Reste toujours plus serré à cette douce Mère céleste, car elle est la mer qu’il faut traverser pour parvenir aux rivages des splendeurs de l’aurore éternelle ! »


La deuxième observation que Saint Jean nous partage dans sa vision est que cette « Mer de cristal » est : « mêlée de feu » ! C’est une remarque étonnante car l’eau et le feu sont deux éléments incompatibles. Mais en vérité, il s’agit ici d’une « mer de cristal mêlée de feu » qui laisse deviner le Cœur Immaculé de Marie où descend le feu du Saint Esprit dès l’Annonciation : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te prendra sous son ombre... » (Lc 1,35).

Saint Louis-Marie de Montfort précise : « Le Saint-Esprit ayant épousé Marie, et ayant produit en elle, par elle et d’elle, Jésus-Christ... il continue à produire tous les jours en elle et par elle, d’une manière mystérieuse, les prédestinés... Heureux ceux et celles qui entrent en elle comme dans l’Arche de Noé ! Les eaux du déluge de péchés, qui noient tant de monde, ne leur nuiront point... Heureuse et mille fois heureuse est l’âme ici-bas, à qui le Saint-Esprit révèle le secret de Marie pour le connaître ; à qui il ouvre ce jardin clos pour y entrer... Cette âme ne trouvera que Dieu seul, sans créature, dans cette aimable créature ; mais Dieu en même temps, infiniment saint et relevé, infiniment condescendant et proportionné à sa faiblesse... c’est pour cet effet qu’il y est descendu. En Marie, il est le Pain des enfants... » (Vraie Dévotion, 175 / Secret de Marie, 13 et 20).


Et enfin se profile le mystère de l’Eglise glorieuse à travers « ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom ». Ils sont vainqueurs du mystère du mal car ils sont « debout près de cette mer de cristal » comme Jean était près de Marie qui se tenait debout « près de la croix de Jésus » (Jn 19,23). A travers la transparence unique de son Cœur Immaculé, ils reçoivent la grâce des pauvres où se déploie la puissance de la tendresse de Dieu. Retrouvons encore ici les profondes intuitions de Saint Jean Eudes : « Enfin Saint Jean voit les Saints qui sont établis sur cette mer de verre semblable à du cristal : « Stantes super mare vitreum »... à savoir qu’après Jésus-Christ, le monde chrétien qui est sur la terre et au ciel, est fondé et établi sur cette grande mer... Car le Cœur de la Reine des Apôtres a plus contribué lui seul à la fondation et à l’établissement de l’Eglise par sa foi, par son humilité, par son amour... que tous les Apôtres, tous les prophètes et tous les saints ensemble ! C’est donc pour cette cause que Saint Jean voit les saints sur cette mer de cristal qui représente ce même Cœur. C’est là qu’ils ont leur établissement et qu’ils font leur demeure avec leur très adorable Chef, le Fils bien-aimé de Marie, qui demeurera éternellement dans le Cœur de sa très aimable Mère. C’est là qu’ils chantent, dit Saint Jean, le cantique de l’Agneau et de Moïse !... » (Le Cœur admirable de la bienheureuse Vierge Marie, p.106).

Une seconde mention du mystère de la « mer de cristal » est présente dans l’Apocalypse. Elle est située par Saint Jean juste après sa vision du Trône de Dieu : « Du Trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. Devant le Trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal ! » (Ap 4,5-6). Cette première mention prépare la seconde (Ap 15,1-2) en insistant d’abord sur la transparence cristalline de cette mer. On peut y deviner la beauté de Marie à travers le mystère de son Immaculée Conception... Et comment ne pas évoquer ici Paul Claudel qui se convertit le jour de Noël 1886 à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Durant le chant du Magnificat, ses yeux s’ouvrent et la foi l’envahit au pied de la Vierge du pilier ! Aussi, écrira-t-il un jour ce touchant témoignage :

« Etre avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes. Ne rien dire, regarder votre visage, laisser le cœur chanter dans son propre langage, ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein... Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes Immaculée, la femme dans la grâce enfin restituée, la créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final... vous êtes la Mère de Jésus Christ, qui est la Vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit...Parce que vous m’avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France... parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie... » (La Vierge à midi).


Demeurons en la douceur et la paix du Cœur de Marie. En ces derniers temps où le Dragon veut asservir toute l’humanité par l’hyper technologie jusque sous notre peau, la Vierge est notre Vaisseau spirituel qui nous fera traverser toutes les épreuves et toutes les persécutions. Qu’en ce mois de Marie, nous redoublions de ferveur dans la fidélité au chapelet quotidien... et mieux, au Rosaire de chaque jour : sa pauvreté apparente libère en nous un feu caché et mystérieux qui est déjà celui du Ciel. Soyons témoins de l’invincible douceur de Marie...

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