« Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit

arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! »

Luc 21,36


« Près du Cœur de la Mère, nous serons l’Eglise cachée des derniers temps ! »


Cet Evangile eschatologique nous est précieux en ce temps où tous les horizons semblent se fermer. Il vient nous ouvrir de l’intérieur : en ce lieu du cœur où Dieu seul habite et nous attend. Face à la fièvre activiste du matérialisme qui nous tient prisonnier à l’extérieur, nos journées doivent être traversées de l’intérieur par le Rosaire de Marie et la prière silencieuse du cœur... c’est là notre force invincible ! Il faut retrouver le goût de l’intériorité et ce sera alors si simple de se calmer, de fermer les yeux et de pénétrer dans ce « Royaume de Dieu, caché au-dedans de nous » (Lc 17,21). Tel est le lieu profond où nous emmène la Vierge Marie, elle qui méditait sans cesse les paroles de Jésus « en son cœur » (Lc 2,19). Le cœur n’est-il pas notre forteresse ultime des derniers temps ? Dieu nous y garde libre pour écouter « passer » la brise de son amour comme Elie au Mont Horeb (1 R 19,12).

Le Maître nous a prévenus sur les épreuves des derniers temps, et nous y sommes (voir les méditations mariales de Mai et juin : « Great reset » / « Transhumanisme »...) ; il faut donc de toute urgence repasser en nos cœurs ses Paroles de lumière qui nous ouvrent la porte de la paix. Ne soyons pas effrayés par les terribles épreuves présentes et à venir, la Vierge nous gardera de l’influence du mauvais qui veut faire de la peur notre prison : Car « il n’y a pas de crainte dans l’amour... » (1 Jn 4,18) dit l’Apôtre bien-aimé. Alors, méditons ce verset unique de l’Evangile selon Saint Luc où Jésus nous donne les clefs de la résistance victorieuse ! Ainsi, nous nous tiendrons « debout » devant Lui en l’attente vigilante de son retour !

Découvrons encore et encore la puissance de la foi priante qui rayonne l’amour sur une multitude. Moment inoubliable dans la vie de petite Thérèse quand l’Esprit l’illumine sur le mystérieux verset du Cantique des cantiques : « Attire-moi, nous courrons ! » (Ct 1,4) Ecoutons là attentivement, c’est une question de vie ou de mort pour la vie chrétienne : « Voici ma prière : je demande à Jésus de m’attirer dans les flammes de son amour... et je sens que plus le feu de l’amour embrasera mon cœur, plus je dirai : attire-moi, plus aussi les âmes qui s’approcheront de moi courront avec vitesse à l’odeur des parfums de leur Bien-Aimé, car une âme embrasée d’amour ne peut rester inactive ! » (Manuscrit C, folio 35-36). Comment ne pas penser aussi au cri ultime de la petite Sainte Jacinta de Fatima : « Si je pouvais mettre dans le cœur de tout le monde, le feu que j’ai là, dans la poitrine !... »


« Veillez et priez en tout temps ! »


Le Seigneur vient tout d’abord lier la prière à la constance : La prière évangélique authentique ne se lasse pas et persévère, quels que soient les états physiques, psychologiques ou spirituels. Les Pères du désert voyaient dans « l’acédie » (dégoût, accablement...), un des grands ennemis de la perpétuelle prière. Il faudra donc, comme on dit, « ne pas trop s’écouter » et acquérir peu à peu le sens de la lutte spirituelle pour vaincre les embûches des tentations et du Tentateur ! Dans la civilisation du bruit et de l’hyper connectivité, il faut apprendre à éteindre son portable pour retrouver son cœur profond. A travers le Chapelet de Notre Mère, nous veillerons en t’attendant Seigneur... car, « par Elle, comme par un pur cristal, ta miséricorde est venue jusqu’à nous ! »

(Sainte Faustine, Petit journal, 1746)



« Afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver ! »


A Gethsémani, Pierre n’a pas eu « la force de veiller une heure » avec son Maître (Mc 14,37). Il aurait du être pour les Apôtres le premier « veilleur » qui les entraînent... Comme nous, sa foi était encore fragile et peu combative. C’est pourquoi au seuil de son Ascension, le Seigneur fait cette promesse qui rejaillira sur l’Eglise de tous les temps : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins... jusqu’aux extrémités de la terre ! » (Ac 1,8). Et c’est là que s’opère la nouveauté évangélique : « On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force ! » (1 Co 15,43). Et les chemins de cette étonnante nouveauté n’ont pas fini de nous surprendre dans la sagesse donnée à Saint Paul : « De grand cœur, je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ...» (2 Co 12,10).

Ainsi, la force de Dieu ne se déploie que dans la faiblesse offerte de l’homme. La faiblesse qui supplie sera purifiée et visitée par le Dieu fort : « Il élève les humbles ! » (Lc 1,52). Car seule l’humilité du faible attire Dieu... et voici l’admirable conséquence : « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! » (2 Co 12,10). Et au moment où il suppliait d’être délivré « d’une écharde dans sa chair » ; Paul l’a appris en direct du Seigneur : « Ma grâce te suffit, car la puissance se déploie dans la faiblesse ! » ( 2 Co 12,9).

C’est cette disposition fondamentale qu’il faut laisser affleurer en nos vies pour « avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver ! » L’humble est fort parce qu’il s’appuie uniquement sur un Autre mystérieux : « Il a cru en la force de Dieu ! » (Col 2,12). Jésus vit en lui de plus en plus et dessine jour après jour son visage de sainteté. Tel est le secret de l’enfance spirituelle « révélé aux tout-petits » par le Père (Mt 11,25). L’humilité de la foi qui supplie dans la prière continuelle est notre seule force. Elle nous ouvre à la paix de l’espérance dans les terribles épreuves des derniers temps qui commencent...


« Et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! »


« Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8). Dans les précédentes « Méditations mariales », nous nous sommes déjà arrêtés sur cette mystérieuse parole du Christ. Elle est troublante dans son interrogation. Et elle pourrait signifier un écroulement et une certaine trahison de la vraie foi dans les épreuves ultimes de l’Eglise ? Il faut contempler les terribles événements de la Passion du Seigneur pour le deviner : presque tous les Apôtres et les disciples fuient, tandis que Judas trahit et livre le Maître (Mc 14,43-52). Ainsi, comme durant la Passion du Seigneur, l’épreuve ultime de l’Eglise se jouera au pied de la Croix... Et là, il ne reste plus qu’une poignée de « fidèles » dont la Mère de Jésus est la Clé de voûte : « Près de la Croix de Jésus se tenaient sa Mère... Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala... et le disciple que Jésus aimait » (Jn 19,25-26).

Dans la foi vigilante, la prière continuelle du saint Rosaire et le chapelet de la Miséricorde, les yeux de notre cœur sauront voir que le retour du Seigneur Jésus est proche. Alors, nous nous blottirons plus que jamais dans les bras de Marie comme Jean et Marie-Madeleine. Près du Cœur de la Mère, nous serons l’Eglise cachée des derniers temps, debout avec Elle au pied de la Croix du Sauveur... attendant sa manifestation puissante promise par Lui à Sainte Faustine :


« Tu prépareras le monde à mon ultime venue... Avant de venir comme un Juge équitable, je viens d’abord comme Roi de miséricorde. Avant qu’advienne le jour de justice, il sera donné aux hommes un signe dans le ciel. Toute lumière dans le ciel s’éteindra et il y aura de grandes ténèbres sur la terre. Alors le signe de la Croix se montrera dans le ciel, et des plaies des mains et des pieds du Sauveur, sortiront de grandes lumières, qui pendant quelque temps illumineront la terre. Ceci se passera peu de temps avant le dernier jour... »

« O Sang et Eau, qui avez jailli du Cœur de Jésus comme sourde de miséricorde pour nous...

J’ai confiance en Vous ! » (Petit Journal, 83-84)





1 Jean 2, 18-26 : « Petits enfants, voici venue la dernière heure. Vous avez entendu dire que l’Antichrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d’antichrist sont survenu : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là. Ils sont sortis de chez nous, mais ils n’étaient pas des nôtres. S’ils avaient été des nôtres, ils seraient restés avec nous. Mais il fallait que fût démontré que tous n’étaient pas des nôtres.

Quant à vous, vous avez reçu l’onction venant du Saint, et tous vous possédez la science... Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ ? Le voilà l’Antichrist ! Il nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils ne possède pas non plus le Père. Qui confesse le Fils possède aussi le Père... Voilà ce que j’ai tenu à vous écrire au sujet de ceux qui cherchent à vous égarer. »


En prolongeant notre méditation mariale des derniers mois sur Apocalypse 12, arrêtons-nous sur un passage de la première Epître de Saint Jean. Il apporte des précisions précieuses sur cette Parole de Dieu mystérieuse. En effet, dans la dernière partie du chapitre 2, l’Apôtre pose une vérité évangélique majeure autour de laquelle tout notre vécu de chrétien doit s’appuyer : « Quant à vous, l’onction que vous avez reçu de Lui demeure en vous et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne... puisque son onction vous instruit de tout » (1 Jn 2,27). Il ne faudra pas l’oublier dans les terribles épreuves de l’Eglise des derniers temps en lesquelles nous sommes entrés...

Cette onction, c’est l’Esprit donné au Messie (Is 11,1-4). Et le Sauveur la donne aux enfants de Dieu qui croient en Lui (1 Jn 5,10) et gardent ses commandements : « Petits enfants, n’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité ! A cela, nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant Lui nous apaiserons notre cœur si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout... » (1 Jn 3,18-20). C’est un des plus beaux passages de Jean sur le réalisme de l’amour, et l’on s’en souviendra pour mener le bon combat de la foi : ce qui est premier en notre cœur à la suite du Seigneur, ce ne sont pas les tentations et les épreuves qui nous troublent, c’est la puissance de « l’onction reçue de Lui qui demeure en nous » (1 Jn 2,21). Car « à ceci nous savons qu’il demeure en nous : à l’Esprit qu’Il nous a donné. » (1 Jn 3,24).


Saint Jean de la Croix a cette parole qui traverse le temps : « Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’Amour ! » Et pour en saisir le sens plénier, il faut se tourner à nouveau vers l’Apôtre bien-aimé : « Il n’y a pas de crainte dans l’amour ; au contraire, le parfait amour bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment, et celui qui craint n’est point parvenu à l’amour parfait. Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier. Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ! Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de Lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » (1 Jn 4,18-21).

Jean aborde aussi ce qu’il appelle « la dernière heure ». Il faut évidemment être à la fois prudent et vigilant... car Jésus nous a prévenu sur l’attitude la plus juste à avoir sur le chemin de la foi dans les derniers temps : « Des faux prophètes surgiront et abuseront bien des gens. Par suite de l’iniquité, l’amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé ! » (Mt 24,4-11-13). La fidélité dans l’humble quotidien : voilà l’urgence des urgences...


Ceci posé, n’oublions jamais qu’en ce monde, nous sommes appelés à vivre selon le réalisme de la foi et de la charité fraternelle. L’engagement chrétien dans le labeur du jour après jour se fonde sur l’attente eschatologique du retour de Jésus : « Veillez et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme ! » (Lc 21,36). Bien souvent aussi, la liturgie nous éveille à cette dimension de la foi en la fidélité de Dieu jusqu’aux temps de la fin : « Nous croyons que le Sauveur des hommes est auprès de toi dans la gloire ; fais-nous croire aussi qu’il est encore avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il nous l’a promis ! » (Liturgie de la Messe, 7° Dimanche de Pâques). Et la mystérieuse question du Seigneur laisse deviner qu’une immense apostasie sera une des grandes épreuves des derniers temps : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t- la foi sur la terre ? » (Lc 17,8).

Avec une certaine naïveté, bien des chrétiens ont tendance à penser que l’Ennemi viendra toujours de l’extérieur de l’Eglise. Une sorte de combat à la loyale. Or, il n’en est rien dans l’approche johannique : certes, il y a le combat plus extérieur contre les forces du Mal qui reste présent... mais l’épreuve la plus redoutable se situe à l’intérieur même de l’Eglise dans une réinterprétation de la foi : « Ils sont sortis de chez nous, mais ils n’étaient pas des nôtres » précise Saint Jean (1 Jn 2,19). C’est l’épreuve la plus troublante où se cache une certaine personnalisation de l’Antichrist qui vient détruire la vérité de la foi. Et c’est pourquoi Jean est affirmatif : «Vous savez qu’aucun mensonge ne provient de la vérité. Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ ? Le voilà l’Antichrist ! Il nie le Père et le Fils » (1 Jn 2,21-22).


Vers la fin de sa vie d’ailleurs, l’Apôtre bien-aimé aura déjà à faire face à l’hérésie du docétisme qui réfutait le réalisme de l’Incarnation du Verbe, d’où sa mise au point : « A ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ; c’est là l’esprit de l’Antichrist ! » (1 Jn 4,2-3). Ainsi, ceux qui adhérent de différentes manières à l’esprit de l’Antichrist « ne sont pas des païens ou des étrangers à notre foi : c’est de chez nous qu’ils sont sortis, mais ils n’étaient pas des nôtres (1 Jn 2,19). Ils sont des gens qui, ayant entendu parler de Jésus, l’ont enfermé dans leurs catégories et l’ont abaissé à la mesure de leur esprit... Ils n’appartenaient qu’en apparence à la communauté chrétienne. Qui sont ces antichrists, mélangés aux croyants ? demande Saint Augustin : Ceux qui se sont heurtés au Christ humble... » (Jean Laplace, Discernement pour temps de crise - l’Epitre de Jean, p.78, Chalet, 1978).

Plus tard viendra l’hérésie de l’arianisme qui niait la divinité de Jésus. La réponse de l’Esprit s’opérera au premier grand concile œcuménique de Nicée qui la condamnera en promulguant le symbole de la vraie foi de l’Eglise « une, sainte, catholique et apostolique ». Tel est le Credo de Nicée-Constantinople que nous professons à la Messe dominicale : « Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du Ciel... » (Missel Romain).


Plus près de nous, Saint François de Sales reviendra clairement sur « la Bête » qui veut imposer à tous sa « marque » pour prendre la place de Seigneur Jésus : « Les mots de l’Apocalypse signifient proprement une marque réelle et extérieure, et il n’y a point d’inconvénient à les entendre comme cela car l’Antéchrist sera extrêmement superbe, à quoi se rapporte très bien qu’il fasse porter une marque aux siens... Saint Jean, parlant de l’Antéchrist, dit expressément dans l’Apocalypse que « tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front, et nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’avait la marque ou le nom de la Bête, ou le chiffre de son nom... son chiffre, c’est 666 ! » (Ap 13,16-18).



Cette alternative, ou en leur main, ou en leur front, ne montre-t-elle pas que ce sera une marque perceptible pour ceux qui aiment l’Antéchrist ? Et comment pourrait-il en être autrement pour faire la différence entre ceux qui avaient le pouvoir de négocier et ceux qui ne l’avaient pas... L’Antéchrist, comme singe, voulant faire et contrefaire le Christ, marquera ses gens au front, et par là les obligera à ne point se signer de la Croix... c’est dire combien nous devons pratiquer l’usage de ce saint signe, pour protester que nous sommes chrétiens et que jamais nous n’obéiront à l’Antéchrist ! » (Défense de l’Etendard de la Sainte Croix, Livre Troisième, chapitre 9).

Si nous faisons un bond en 2021, nous voici entrés dans la période « post covid » qui ouvre la porte aux délires de la technoscience et du transhumanisme. Et l’on peut supposer que cette unification de masse peut profiter à la venue du règne de l’Antichrist. L’appel à l’insurrection face au « Great Reset » lancé par Philippe de Villiers dans son dernier livre est d’une urgence absolue. On peut être d’accord ou pas avec l’analyse, mais on ne peut éluder le terrible danger qu’il soulève, avec pertinence, sur la liberté et le sens de l’homme : « Nous sommes devant une révolution, une recréation. On va très vite en comprendre la portée, politique, économique, sociétale et environnementale. Une révolution qui entend profiter d’une pandémie pour recréer une humanité nouvelle, sous l’empire de l’intelligence artificielle. Retour à la page blanche, à la case départ. C’est le sens du mot « reset ». On efface tous les souvenirs... Avec le confinement, on nous a ramenés à l’état végétatif, on nous a forcés à vivre comme nos chats, à rester au panier ; et, avec la réinitialisation, on veut nous faire vivre comme des hommes fusionnés avec la machine... on nous a propulsés dans le paradis cybernétique. Ainsi prépare-t-on le grand passage, dans le même mouvement, d’une humanité abêtie à une humanité augmentée.

Les démiurges de la post-humanité sont à l’ouvrage. Ils prétendent ainsi refaire le monde. Ils entendent non pas seulement le réparer mais le recréer... Avec cette « quatrième révolution industrielle », l’illuminé de la montagne magique promet à l’humanité rien de moins que « la fusion de nos identités physique, numérique et biologique ». On touche là au mystère de l’espèce humaine, on joue à pile ou face avec la nature de l’homme. On veut nous faire entrer dans le monde des micros-puces implantables, qui franchissent la barrière cutanée de notre corps. Grâce à l’identification numérique dont le passeport sanitaire annoncé n’est que le prélude, on pourra rapidement « lire les ondes cérébrales », on pourra géolocaliser, « suivre le comportement » de quiconque. Voici venue l’heure du capitalisme de surveillance !... Klaus Schwab lève un coin du voile sur le contrôle à venir de la grande termitière des vivants connectés : « La pandémie pourrait ouvrir une ère de surveillance sanitaire active rendue possible par les smartphones à détection de localisation, les caméras de reconnaissance faciale et d’autres technologies qui identifient les sources d’infection et suivent la propagation d’une maladie en temps quasi réel. » (Covid-19 : La Grande Réinitialisation, p.188, Ed. Forum Publishing, 2020). C’est bien la santé qui aura servi de formidable alibi... Au nom du bien-être promis, l’immixtion dans nos vies deviendra légitime. On réclamera soi-même - et c’est là le génie de l’opération - d’être mis sous contrôle. On aura peur d’être libre... » (Le jour d’après, p.50-51 et 53, Editions Albin Michel, 2021).


Plus que jamais, les pages de l’Apocalypse s’actualisent... et le chapitre 12 du livre prophétique en est le centre mystérieux. Jamais La Sainte Vierge n’est autant apparue que dans ces dernières décennies. Elle vient nous appeler à la conversion évangélique à travers son Rosaire si puissant. Il faudra ne pas l’oublier dans le proche avenir : cette Femme splendide enveloppée de la lumière du soleil est Marie, notre Mère, qui veille sur l’Eglise crucifiée de son Fils comme Elle l’a suivi jusqu’au pied de la Croix. Portés sur son Cœur Immaculé, nous attendons son triomphe promis qui prépare le retour de Jésus !... Ainsi, si pauvres que nous soyons, faisons nôtre le cri de Saint Augustin :


« Toute mon espérance est dans l’étendue de votre miséricorde ! » (Confessions, chap.39)








« En ces derniers temps où le Dragon veut asservir l’humanité par l’hyper-technologie, demeurons debout près de « la mer de cristal » : le Cœur Immaculé de Marie est notre Vaisseau spirituel qui nous fera traverser toutes les persécutions... »

Apocalypse 15,2 : « Et je vis comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal ! »

Ce chapitre 15 de l’Apocalypse semble résonner comme un écho du Chapitre 12, mais dans une perspective de victoire ! Le combat de la Révélation continue à travers les sept fléaux des sept coupes répandus par les sept Anges ; mais en célébrant déjà « ceux qui ont triomphé de la Bête... debout, près de la mer de cristal ».


Comment ne pas faire le lien avec le chapitre 12, où la Femme enveloppée de soleil est opposée au Dragon destructeur, ennemi de l’humanité ? Ici, il semble possible d’avancer que Jean voit à nouveau le déploiement du mystère de la Femme. Et on peut avancer qu’il a vu la Mère de Dieu sous la forme d’une « Mer de cristal ». En sa Plénitude de grâce, Marie n’est-elle pas pure transparence divine ? En effet, toute son attitude de cœur consiste à laisser transparaitre l’indicible beauté de Dieu comme le cristal laisse traverser la lumière... Elle est là, vivante et unique entre toutes, dans une dépendance absolue de Dieu qui la fait briller comme personne ! Plénitude du silence où le Verbe resplendit comme son Enfant, l’Immaculée est devenue Mère de Dieu et Mère des hommes. Elle ne dit que Dieu en étant la Femme que « le Soleil enveloppe » (Ap 12,1). Elle triomphe du Dragon en enfantant la Lumière (Ap 12,2-3).


Saint Jean Eudes a écrit en ce sens ces paroles prophétiques : « Le Cœur de notre admirable Marie est une mer, et cette mer, après Jésus-Christ, est le premier fondement du monde chrétien. C’est une mer de charité et d’amour, mais d’amour fort, constant et invariable. C’est une mer plus solide que celle qui portait Saint Pierre marchant sur les eaux à pied sec (Mt 14, 28-33)... C’est une mer dont Saint Jean parle dans son Apocalypse au chapitres 4 et 15 : Mer dont les eaux étaient claires, nettes et luisantes comme du verre semblable à du cristal et enflammées comme du feu ; mer qui était devant le trône de Dieu ; mer qui portait les saints... Quelle est cette mer prodigieuse, sinon le Cœur merveilleux de la Reine du Ciel ? (Le Cœur admirable de la Bienheureuse Vierge Marie, p. 103, Seguin, 1844).


En ce sens, Gauthier de Coinci, moine bénédictin érudit du XIII° siècle, avance cette même invitation à nous aventurer en haute mer mariale : « Marie est Mer que nul n’épuise, plus y trouve qui plus y puise ! » Et Saint Padre Pio précise admirablement ce qui a été le cœur de sa vie à travers l’incessant Rosaire : « Reste toujours plus serré à cette douce Mère céleste, car elle est la mer qu’il faut traverser pour parvenir aux rivages des splendeurs de l’aurore éternelle ! »


La deuxième observation que Saint Jean nous partage dans sa vision est que cette « Mer de cristal » est : « mêlée de feu » ! C’est une remarque étonnante car l’eau et le feu sont deux éléments incompatibles. Mais en vérité, il s’agit ici d’une « mer de cristal mêlée de feu » qui laisse deviner le Cœur Immaculé de Marie où descend le feu du Saint Esprit dès l’Annonciation : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te prendra sous son ombre... » (Lc 1,35).

Saint Louis-Marie de Montfort précise : « Le Saint-Esprit ayant épousé Marie, et ayant produit en elle, par elle et d’elle, Jésus-Christ... il continue à produire tous les jours en elle et par elle, d’une manière mystérieuse, les prédestinés... Heureux ceux et celles qui entrent en elle comme dans l’Arche de Noé ! Les eaux du déluge de péchés, qui noient tant de monde, ne leur nuiront point... Heureuse et mille fois heureuse est l’âme ici-bas, à qui le Saint-Esprit révèle le secret de Marie pour le connaître ; à qui il ouvre ce jardin clos pour y entrer... Cette âme ne trouvera que Dieu seul, sans créature, dans cette aimable créature ; mais Dieu en même temps, infiniment saint et relevé, infiniment condescendant et proportionné à sa faiblesse... c’est pour cet effet qu’il y est descendu. En Marie, il est le Pain des enfants... » (Vraie Dévotion, 175 / Secret de Marie, 13 et 20).


Et enfin se profile le mystère de l’Eglise glorieuse à travers « ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom ». Ils sont vainqueurs du mystère du mal car ils sont « debout près de cette mer de cristal » comme Jean était près de Marie qui se tenait debout « près de la croix de Jésus » (Jn 19,23). A travers la transparence unique de son Cœur Immaculé, ils reçoivent la grâce des pauvres où se déploie la puissance de la tendresse de Dieu. Retrouvons encore ici les profondes intuitions de Saint Jean Eudes : « Enfin Saint Jean voit les Saints qui sont établis sur cette mer de verre semblable à du cristal : « Stantes super mare vitreum »... à savoir qu’après Jésus-Christ, le monde chrétien qui est sur la terre et au ciel, est fondé et établi sur cette grande mer... Car le Cœur de la Reine des Apôtres a plus contribué lui seul à la fondation et à l’établissement de l’Eglise par sa foi, par son humilité, par son amour... que tous les Apôtres, tous les prophètes et tous les saints ensemble ! C’est donc pour cette cause que Saint Jean voit les saints sur cette mer de cristal qui représente ce même Cœur. C’est là qu’ils ont leur établissement et qu’ils font leur demeure avec leur très adorable Chef, le Fils bien-aimé de Marie, qui demeurera éternellement dans le Cœur de sa très aimable Mère. C’est là qu’ils chantent, dit Saint Jean, le cantique de l’Agneau et de Moïse !... » (Le Cœur admirable de la bienheureuse Vierge Marie, p.106).

Une seconde mention du mystère de la « mer de cristal » est présente dans l’Apocalypse. Elle est située par Saint Jean juste après sa vision du Trône de Dieu : « Du Trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. Devant le Trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal ! » (Ap 4,5-6). Cette première mention prépare la seconde (Ap 15,1-2) en insistant d’abord sur la transparence cristalline de cette mer. On peut y deviner la beauté de Marie à travers le mystère de son Immaculée Conception... Et comment ne pas évoquer ici Paul Claudel qui se convertit le jour de Noël 1886 à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Durant le chant du Magnificat, ses yeux s’ouvrent et la foi l’envahit au pied de la Vierge du pilier ! Aussi, écrira-t-il un jour ce touchant témoignage :

« Etre avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes. Ne rien dire, regarder votre visage, laisser le cœur chanter dans son propre langage, ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein... Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes Immaculée, la femme dans la grâce enfin restituée, la créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final... vous êtes la Mère de Jésus Christ, qui est la Vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit...Parce que vous m’avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France... parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie... » (La Vierge à midi).


Demeurons en la douceur et la paix du Cœur de Marie. En ces derniers temps où le Dragon veut asservir toute l’humanité par l’hyper technologie jusque sous notre peau, la Vierge est notre Vaisseau spirituel qui nous fera traverser toutes les épreuves et toutes les persécutions. Qu’en ce mois de Marie, nous redoublions de ferveur dans la fidélité au chapelet quotidien... et mieux, au Rosaire de chaque jour : sa pauvreté apparente libère en nous un feu caché et mystérieux qui est déjà celui du Ciel. Soyons témoins de l’invincible douceur de Marie...